Des coachs climat dans les classes

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Durant les animations, les élèves créent leur propre scénario d’une ville bas carbone à l’horizon 2050. © S. Durieux.
Durant les animations, les élèves créent leur propre scénario d’une ville bas carbone à l’horizon 2050. © S. Durieux.

En 2050, Quentin prédit une hausse maximale de l’énergie éolienne dans notre pays et mise sur les nouvelles technologies pour réduire l’empreinte carbone dans le transport et les habitations. Ce scénario, imaginé avec un copain de classe, il l’a matérialisé sur un outil Web interactif et accessible à tous sur le site www.my2050.be lancé par le service fédéral « Changements climatiques ». La plateforme, représentant une ville, propose différents curseurs sur lesquels les visiteurs peuvent jouer pour tenter de diminuer les émissions de CO2 à l’horizon 2050 : l’éolien et le solaire, la biomasse, l’intensité carbone des industries, leur production mais également les comportements en matière de transport et d’alimentation.

Quentin a donc placé le curseur de l’éolien et du solaire, sur 4, le niveau maximum. À l’écran, on voit apparaître de nombreuses turbines dans la ville du futur. Et une barre d’information indique ce que cela signifie réellement ce niveau d’ambition : pour atteindre l’objectif, il faudra placer en moyenne 280 éoliennes par an dans notre pays. Une ambition peut-être un peu trop démesurée comme lui fait remarquer le « coach climat » qui anime la réunion de classe. « Regarde ce que cela implique en termes d’exportation d’électricité, l’interpelle Thibaut Fraiteur, le coach. Ta surproduction électrique implique qu’il faut vendre plus de 50 % de l’électricité produite. Crois-tu que nos voisins seraient prêts à racheter cette électricité ? » « Non », répond d’emblée le jeune homme tout en baissant le curseur éolien d’un cran.

Dans la salle informatique surchauffée de l’école des Frères à Tournai, la ministre fédérale de l’Énergie, Marie-Christine Marghem regarde l’échange avec attention. Sous ses yeux se concrétise un projet de longue haleine mené par ses équipes en collaboration avec « GoodPlanet ». Une douzaine de « coachs climat », des jeunes universitaires formés dans les domaines de l’environnement, ont été sélectionnés pour aller dans les écoles et accompagner les jeunes du troisième degré secondaire dans la compréhension des enjeux d’une société bas carbone et les moyens d’y parvenir d’ici 2050. «  My2050 a pour objectif de stimuler un débat sociétal sur la manière dont la Belgique peut réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 80 à 95 % d’ici à 2050, par rapport au niveau de 1990, explique-t-elle. Cet outil permet d’explorer les chemins pour atteindre cet objectif et de montrer comment chacun, dans son quotidien, peut adapter son comportement et influer sur les résultats. »

Dans la salle de classe, les élèves particulièrement sensibilisés à l’environnement, adaptent leur scénario en fonction des remarques de leur coach. « Cette expérience vous démontre aussi que nous ne pouvons pas tout miser sur une seule énergie pour atteindre nos objectifs, ajoute la ministre. C’est pourquoi, avec les experts, nous travaillons sur un mix énergétique qui devra aussi nous permettre de nous passer de l’énergie nucléaire dès 2025. Or, aujourd’hui, le nucléaire assure encore 54 % de nos besoins électriques. »

Sur les ordinateurs, la petite ville animée a laissé la place aux graphiques. C’est le moment des résultats. Chaque élève peut matérialiser ce que son scénario pour 2050 induira en termes de coûts, de production électrique, de diminution des émissions de CO2. À regarder les mines surprises, certains devront retravailler leur modélisation… « Vous pouvez sauvegarder vos scénarios pour y revenir plus tard en classe ou chez vous », explique Thibaut le coach pendant que les élèves partagent déjà leur « scénario » sur Facebook. Silencieuses, les professeures habituelles ont le sourire : en deux heures, les élèves ont mis en pratique leurs connaissances et ont échangé, avec beaucoup d’aplomb et de savoir, tout ce qu’elles leur ont inculqué dans l’année. Et grâce à l’animation, ils ont pu mettre la théorie en pratique.

«Nous devons nous adresser à tout le monde»

Par Sandra Durieux

Jeune ingénieur employé dans un bureau d’études spécialisé dans les matières environnementales, Thibaut Fraiteur n’avait jamais imaginé enseigner. « Un jour, j’évoque des dossiers très techniques avec des membres de cabinets ministériels, le lendemain je dois être le plus pédagogique possible pour m’adresser à des élèves du secondaire. Les deux situations sont complémentaires et surtout très enrichissantes. » Thibaut a répondu à un appel à candidatures du SPF Changements Climatiques et a été sélectionné parmi la douzaine de coachs climat qui arpenteront quelque 300 classes en 2017. «  Nous avons reçu une formation très poussée durant une semaine tant sur la maîtrise de l’outil que sur l’aspect pédagogique. Je ne suis pas professeur mais je dois m’adresser à tout type de classes. Car cette animation peut être menée durant les cours aussi bien généraux que techniques ou professionnels. Evidemment que la réaction des élèves dépend du fait qu’ils soient déjà sensibilisés ou non aux notions de l’environnement. Mais cela n’a pas d’importance. C’est à moi de leur faire comprendre que cela concerne tout un chacun dans son quotidien ou dans la pratique de son futur métier qu’il devienne ingénieur ou boulanger. »

Tout enseignant du 3e degré du secondaire intéressé par la venue d’un coach climat durant 2 heures de cours peut introduire une demande via : http://climatecoach.goodplanet.be/fr/