Un désir commun de changer le monde

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Émilien Bossut et Angelica Lopez Majia, le Belge et la Guatémaltèque, partagent le même intérêt pour des pratiques de culture et d’élevage plus saines. © Bruno Deheneffe.
Émilien Bossut et Angelica Lopez Majia, le Belge et la Guatémaltèque, partagent le même intérêt pour des pratiques de culture et d’élevage plus saines. © Bruno Deheneffe.

Plusieurs milliers de kilomètres et un océan les séparent et pourtant, les réalités économiques auxquelles sont confrontés Émilien Bossut et Angelica Lopez Majia dans leurs pays respectifs sont beaucoup moins éloignées qu’elles n’y paraissent. Le premier exploite une bergerie à Œudeghien, dans l’entité de Frasnes (près d’Ath), tandis que la seconde est une représentante de la communauté maya au Guatemala. Par le biais de l’ONG belge Entraide & Fraternité, cette dernière est allée à la rencontre de ce jeune agriculteur des Collines qui, à l’instar de son hôte venue spécialement d’Amérique latine, prône le retour à une agriculture biologique et respectueuse de l’environnement.

Ici comme là-bas, les gens de la terre sont de plus en plus nombreux à se détourner du modèle insoutenable imposé par l’industrie agroalimentaire pour remettre au goût du jour des pratiques de culture et d’élevage plus saines héritées de leurs ancêtres.

« En Occident comme dans les pays du Sud, le combat des petits producteurs locaux face aux multinationales est sensiblement le même », constate Bruno di Pasquale, responsable du bureau hennuyer de cette organisation non gouvernementale qui s’investit dans le rapprochement des peuples Nord-Sud au travers du bien vivre.

Cette philosophie du vivre ensemble sur le plan universel fédère de plus en plus d’adeptes, lesquels ont pris conscience que l’hyper-consommation épuisait les ressources de la Terre tout en conduisant l’être humain à sa perte.

« Je crois vraiment dans la capacité des communautés locales à prendre en main leur propre développement et à assurer leur souveraineté alimentaire à l’échelle planétaire », confie Angelica Lopez. Pour notre interlocutrice, cela nécessite d’abord de travailler à se changer individuellement avant de militer pour transformer la collectivité et lui permettre in fine d’accéder à l’unité.

Témoin de la guerre civile qui a ensanglanté son pays dans les années 80, cette licenciée en économie sociale de 51 ans œuvre depuis la signature des accords de paix en faveur du respect des droits socio-économiques des populations indigènes.

Au cours des dernières décennies, celles-ci ont vu leurs terres accaparées et détruites suite à l’implantation de multinationales, à l’exploitation des mines à ciel ouvert ou encore à la fabrication d’agro-carburants.

À l’instar des paysans mayas, longtemps persécutés par l’oligarchie guatémaltèque avant d’accéder à un début d’autonomie, Émilien Bossut entend contribuer à une société plus solidaire et équitable. Épaulé par son épouse, il privilégie la qualité à la quantité tout en bannissant les pesticides au profit des engrais organiques.

Voilà déjà bientôt une petite année que l’intéressé s’est lancé avec un succès grandissant comme indépendant en reprenant la ferme familiale. En plus de cultiver une grande variété de pommes de terre mais aussi des betteraves, du maïs ou encore du blé, il a rapidement diversifié les activités agricoles de ses parents en montant un très beau projet au cœur de la région des Collines.

Ce challenge consiste en l’exploitation d’une bergerie. « Mon cheptel se compose d’une vingtaine de brebis viandeuses et d’une trentaine de brebis laitières. A partir du lait, je fabrique artisanalement du fromage, de la glace et du yaourt », détaille-t-il. Avant d’ajouter que le plus difficile est de transformer tous les jours de petites quantités.

Privilégiant les circuits courts, le propriétaire de la bergerie des Collines commercialise pour l’instant ses produits frais dans des magasins fermiers de la région ainsi que sur internet via la Ruche. On pourra bientôt aussi se les procurer dans les rayons du futur Coprosain tournaisien.

ONG

Par Bruno Deheneffe

Des partenariats entre le Nord et le Sud…

Apparue en Belgique au début des années 60, Entraide et Fraternité est une ONG catholique de coopération au développement. Employant une trentaine de personnes, celle-ci soutient annuellement plus de cent projets humanitaires dans le tiers-monde tout en organisant sur son sol des campagnes de sensibilisation dans les écoles, les milieux paroissiaux et auprès d’un large public que ces questions préoccupent.

« La notion de partenariat est essentielle au sein de notre ONG, qui dispose de nombreux relais associatifs dans les régions du globe où se concentrent nos missions. En l’occurrence en Amérique latine, en Afrique et sur le continent asiatique », confie Renato Pinto, animateur de la section hennuyère d’Entraide et Fraternité.

Au-delà des projets qu’elle finance là-bas grâce aux fonds récoltés ici par le biais d’activités d’éducation à la solidarité internationale, l’ONG s’efforce de lutter contre les mécanismes politiques et économiques qui engendrent la pauvreté en se mobilisant, par exemple, pour l’annulation de la dette du tiers-monde et l’instauration d’une taxe de type Tobin sur les transactions financières.

… pour plus d’équité

Rendre le commerce plus équitable entre le Nord et le Sud fait bien évidemment partie de ses chevaux de bataille : « Tant que les sociétés les plus industrialisées continueront à piller les ressources d’une grande partie de la planète pour satisfaire leurs modes de consommation déraisonnés, le déséquilibre actuel subsistera », poursuit Renato Pinto.

Même si on n’éradique pas les mauvaises habitudes du jour au lendemain, ce dernier fait pourtant preuve d’optimisme dans cette période de transition et de grandes mutations : « Il y a enfin en Occident une prise de conscience et des signes d’espoir qui, au travers de mouvements citoyens chaque jour plus nombreux, augurent de changements très concrets à même de favoriser l’émergence d’un monde plus égalitaire. »