Des écoles communales sans pesticides

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Quelque 988 classes issues de 340 écoles font actuellement l’élevage de coccinelles. Une fois adultes, elles seront relâchées dans la nature pour s’attaquer aux pucerons. © D.R.
Quelque 988 classes issues de 340 écoles font actuellement l’élevage de coccinelles. Une fois adultes, elles seront relâchées dans la nature pour s’attaquer aux pucerons. © D.R. - dr.

Pesticides, non merci ! Ce slogan pourrait être celui d’une poignée d’écoles communales qui s’affichent résolument vertes. Elles sont en avance. En effet, ce n’est qu’à partir du 1er juin 2019 que l’usage des pesticides dans l’espace public devra avoir été totalement abandonné tant par les communes wallonnes que bruxelloises.

Parmi les écoles pionnières, citons l’établissement communal de Montfort, dans le creux de la vallée de l’Ourthe. Pour en entretenir les espaces extérieurs, les ouvriers de la commune d’Esneux utilisent d’ores et déjà exclusivement des méthodes alternatives. De quoi garantir des légumes bio aux enfants qui cultivent le potager avec Madame Edith et consomment le fruit de leurs efforts. «  Cette initiative de jardinage est venue des écoliers de 3e maternelle, et depuis, c’est une vraie émulation auprès de nos 170 enfants  », explique Fabienne Cornia, directrice de l’école.

En attendant les agneaux

Ici, les petits participent à la construction d’un royaume de l’alimentation saine dans un environnement sain. Avec l’aide des Amis de la Terre, ils ont créé un verger conservatoire sur le terrain attenant à l’école. A l’automne dernier, vingt-cinq arbres fruitiers ont été montés sur porte-greffe. L’entretien ? Il se fait naturellement, par des moutons prêtés par un berger. «  Et bientôt, les agneaux seront là. C’est une chance pour les enfants d’être ainsi au contact de la nature  », poursuit Fabienne Cornia.

Pour favoriser la biodiversité, des groseilliers, des mûriers, un hôtel à insectes et une mare sont sis dans la zone calme de l’espace récréation de l’école. Dans le cadre du programme « ose le vert, recrée ta cour » mené par Natagora et Goodplanet Belgium, d’autres actions de verdurisation sont à venir cette année. «  On veut que les enfants aillent davantage dans le vert, continue-t-elle. Qu’ils puissent mettre leurs mains dans l’herbe, creuser la terre, manger leur collation au contact de la nature plutôt qu’assis sur un banc.  » Un plaisir rendu possible et sans risque de toxicité par l’absence totale de pesticides.

Herbes aromatiques

L’école communale maternelle et primaire de Masnuy-Saint-Jean, dans le Hainaut, s’inscrit dans cette tendance : elle s’est dotée d’un espace vert sans pesticides. «  Cela a demandé le nettoyage complet de deux bandes de terrain. On a enlevé les résidus de souches, de briquaillons et d’autres détritus, avant de retourner la terre et de la niveler en y ajoutant de la terre saine  », explique la commune de Jurbise.

De plus, pour sensibiliser les écoliers – mais aussi le personnel de l’école – à la nature et au lien entre environnement sain et bonne santé, des hôtels à insectes et des bacs écologiques comprenant des herbes aromatiques ont été disposés dans l’enceinte de l’école.

A noter qu’une école communale ne peut être sans pesticides que si la commune dont elle dépend a rangé les produits phytosanitaires dans les us et coutumes du passé. Selon un recensement publié sur www.gestiondifferenciee.be, un peu plus de 90 communes wallonnes ont d’ores et déjà totalement abandonné les pesticides pour la gestion des espaces publics. Et ce nombre ne cesse de croître. De quoi donner des écoles saines à nos petites têtes blondes.

Sensibilisation scolaire: de la nature dans la classe

Par Laetitia Theunis

Le succès est toujours au rendez-vous. Voilà 16 ans qu’Adalia existe et autant d’années que l’ASBL de sensibilisation à l’abandon des pesticides propose des kits d’élevage de coccinelles ou de papillons aux écoles maternelles et primaires. Début mars 2017, date de la fin des inscriptions, 340 écoles wallonnes ont répondu présentes.

«  En tout, ce sont 988 classes qui font actuellement de l’élevage de ces insectes, amis du jardinier, se réjouit Isabelle Bourge, directrice d’Adalia. Les plus petits, maternelles et début des primaires, optent préférentiellement pour les papillons ; alors que les coccinelles sont l’apanage des plus grands.  »

Peut-être parce que les larves se nourrissent d’autres animaux vivants. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elles ont bon appétit : une larve de coccinelle dévore jusqu’à 150 pucerons par jour durant ses 3 semaines de croissance avant de former une crisalide. Soit bien plus que les coccinelles adultes.

«  La sensibilisation commence donc par apprendre à reconnaître les larves de coccinelles, pour inviter les enfants à ne pas les écraser. Elles ressemblent à de petits crocodiles noirs à six pattes, si différentes de l’allure de l’insecte adulte  », poursuit Isabelle Bourge.

Pour satisfaire la gloutonnerie infantile de ses descendants, une femelle coccinelle pond ses yeux préférentiellement sous une feuille colonisée par des pucerons. Comment repère-t-elle leur emplacement ? Elle se fie à son odorat et suit, comme un fil d’Ariane, le parfum si particulier des pucerons. «  Dès lors, si vous voulez avoir des coccinelles chez vous, vous devez tolérer quelques pucerons au jardin  », conseille Isabelle Bourge.

Concrètement, les classes participantes reçoivent un vivarium dans lequel il y a suffisamment à manger pour que les larves parviennent à l’état adulte. Ensuite, au bout d’une trentaine de jours d’élevage, la petite dizaine de coccinelles adultes sera relâchée dans la nature par les écoliers.

Produite dans la ferme d’élevage visétoise Adavalue, il s’agit d’une espèce endémique à deux points, Adalia Bipunctata , caractéristique des milieux fermés, comme les vergers ou les buissons. Sa cousine à sept points est quant elle une résidente des milieux ouverts comme les prés.

Quant au papillon Belle-Dame ou Vanesse des chardons, prisé des plus petits, il est lui aussi issu d’une espèce indigène (bien que produit dans une ferme anglaise). Alors que leurs chenilles causent parfois des nuisances au jardin en croquant quelques feuilles, une fois adultes, ces papillons sont de précieux pollinisateurs. Leur présence au jardin révèle l’état de bonne biodiversité de ce dernier.