Rapprocher ville et agriculture

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Place Xavier Neujean, le marché court-circuit a trouvé son public et enthousiasme la grosse vingtaine de producteurs locaux. © Michel Tonneau.
Place Xavier Neujean, le marché court-circuit a trouvé son public et enthousiasme la grosse vingtaine de producteurs locaux. © Michel Tonneau. - Michel Tonneau

E n Wallonie et à Bruxelles, 70 à 80 % de ce que nous mangeons provient d’ail-leurs alors que, depuis 10 ans, 40 fermes disparaissent chaque mois entraînant une perte de 3000 emplois par an. » Dans la version 5.0 de leur pièce Nourrir l’humanité, c’est un métier, Alexis Garcia, metteur en scène, et Charles Culot, comédien et fils d’agriculteur, enchaînent les constats « coups de poing ». Surendetté et sous-payé, un certain monde agricole se meurt. Dans le même temps, les cohortes de consommateurs attachés aux produits bio et locaux grossissent, en particulier dans les vil-les. Comment rapprocher les deux ?

En quelques mois, les auteurs de « Nourrir l’humanité, c’est un métier » et les responsables de la Ceinture Aliment-Terre liégeoise ont mis sur pied un festival baptisé « Nourrir Liège 2017 » (lire ci-dessous). Outre la présence de leur parrain José Bové et une foule d’animations et de débats, ce festival met en lumière des initiatives où le monde agricole trouve de nouvelles voies. Avec un défi : comment l’agriculture locale de demain pourra-t-elle nourrir les villes ?

Marché court-circuit

Mis en place l’an passé, ce marché organisé le jeudi après-midi et en soirée au cœur de Liège ne propose que des aliments produits dans un rayon de 50 kilomètres. Ravis de l’initiative de la Ville de Liège, les 24 producteurs redémarrent le 27 avril prochain avec une mise en bouche le 16 mars dans le cadre du festival.

Dans le même rayon, le nouveau magasin des petits producteurs ne désemplit pas. « On sent clairement qu’il y avait une attente non satisfaite, tant au niveau des consommateurs que des producteurs », souligne-t-on au cabinet des affaires économiques.

De la bière ou du pain à partir de céréales wallonnes

En Wallonie, seulement 7 à 8 % des céréales cultivées sont à destination de l’alimentation humaine, le reste étant dédié aux animaux ou à la production de biocarburant. La nouvelle brasserie coopérative liégeoise s’est installée dans une ferme liégeoise – La ferme à l’arbre à Lantin — où elle brasse la « Badjawe » à partir de froment et d’orge cultivé à proximité. « Le houblon vient de Flandre mais on veut en cultiver à Liège aussi, en sélectionnant des variétés adaptées », explique Frédéric Muratori, un des initiateurs de cette coopérative qui fédère 250 personnes. Dans le secteur du pain, des boulangeries comme « Un pain c’est tout » ou « Saperlipopette » travaillent avec des farines wallonnes. Dans le cas de Saperlipopette, la farine vient du plateau hesbignon, issue d’une variété spécialement adaptée à la boulange et moulue localement.

Fournir les collectivités

Le monde agricole sera-t-il capable de fournir prochainement en produits bio et locaux les cuisines de l’intercommunale ISOSL qui préparent les repas chauds pour les écoles et crèches de la Ville de Liège ? C’est le souhait du bourgmestre Willy Demeyer qui a placé cet objectif parmi les priorités du collège. Le projet se heurte à une série d’écueils dont la question du prix et celle de la représentativité des consommateurs (les parents) dans la prise de décision de l’intercommunale. Ailleurs, des initiatives comme « La Cuisine des Champs » ou « Devenirs » montrent que c’est possible.

Fédérer les agriculteurs

Mise en place en 2012, cette coopérative à finalité sociale fournit des légumes, fruits, produits laitiers et viandes à un millier de familles au sein d’un réseau de « points fermes » créés là où se trouvent les consommateurs (associations, écoles, lieux de travail...). Ces produits sont issus d’une vingtaine d’exploitations agricoles de la région liégeoise. C’est un succès : près de dix emplois ont été créés et une vingtaine de personnes réinsérées dans le monde du travail.

Des liens de plus en plus forts

Par Michel De Muelenaere

Rapprocher les agriculteurs des « urbains » ? Pas mal d’initiatives s’y essaient. Les plus fameuses sont les gasap, groupes d’achat solidaires de l’agriculture paysanne, qui associent des particuliers, souvent de villes grandes ou moyennes, et des producteurs paysans. Ils sont à l’origine, encore balbutiante, des « brigades d’actions paysannes » qui participent à des chantiers dans des fermes et à des mobilisations.

Autre style : des magasins, souvent des coopératives, comme Bees Coop où s’impliquent physiquement les coopérateurs, ou comme la toute récente Vivrière à Forest (Bruxelles) qui travaille en ligne directe avec une équipe de 30 producteurs locaux et veut entretenir des liens réguliers entre « consomm’acteurs » et producteurs-transformateurs. Philosophie : « Loin des grandes surfaces et proche des fermes, mettre en lien la ville et les champs ».

Festival urbain sur la transition agricole

Par Philippe Bodeux

A l’initiative de la compagnie de théâtre « Arts et ça » qui produit « Nourrir l’humanité, c’est un métier » et de la Ceinture Aliment-Terre liégeoise, une foule d’associations proposent un programme foisonnant autour de l’alimentation et de l’agriculture. L’Université, la Ville et la province de Liège sont parties prenantes. Un grand nombre de formations, débats, ateliers se déroulent au centre-ville, notamment à la Cité Miroir, place Xavier Neujean. Infos : www.catl.be/nourrir-liege-2017

Moments forts. Les 16, 17 et 18 mars, présentation de la nouvelle version de « Nourrir l’humanité, c’est un métier » à la Cité Miroir avec, le 18 mars, l’arrivée de la caravane à vélo Bruxelles-Liège et un débat au complexe Opéra de l’ULg sur l’agriculture en Belgique, en présence notamment d’Olivier De Schutter (UCL), Gauthier Chapelle (essayiste) ; Pierre Stassart (agroécologie, ULg) et les ministres René Collin et Willy Borsus. Autre moment fort : une conférence de José Bové, le 22 mars au complexe opéra de l’ULg intitulée « Pour une agriculture durable et une PAC humaine ».

Documentaires. Le festival propose plusieurs documentaires : « Food Chains », une plongée dans la réalité des ouvriers agricoles mexicains en Floride ou « Autrement » une mise en valeur des circuits courts.

Visites et présentation. Le festival est l’occasion d’une première : la présentation de la nouvelle brasserie coopérative liégeoise qui rassemble 250 coopérateurs. Au menu également une visite de terrain à « Vin de Liège » – la coopérative vient de recevoir la médaille d’or du concours français « Les Vinalies » ou à la boulangerie « Un pain c’est tout ».