Quand l’associatif lutte contre la précarité énergétique

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Entre la consommation d’une ampoule, le LED, la température des couleurs, il est parfois difficile de s’y retrouver...
Entre la consommation d’une ampoule, le LED, la température des couleurs, il est parfois difficile de s’y retrouver...

Quand une ampoule est fichue, trouver sa remplaçante dans les rayonnages en magasin relève souvent de la gageure. Entre la consommation, le type de tête, le LED, la température des couleurs, il est clairement parfois difficile de s’y retrouver. Ça tombe bien, c’était le thème de la séance Eco-Watchers ce mercredi à Fosses-la-Ville.

Autour de la table, on analyse les centaines de boîtes de modèles de marques différentes « Bon, à quoi on doit faire attention alors ? », demande François Lebecq, chargé de projet à L’ASBL Empreintes et animateur du programme eco-watchers. « Il faut bien vérifier la consommation de l’ampoule. Au plus le nombre de watt sera bas au mieux ce sera », répond l’assistance. Mais bien entendu, ce n’est pas tout. Ce mercredi, on s’attarde aussi sur les différences entre les temps d’allumage, la durée de vie estimée, la résistance, ou non, à l’humidité et bien sûr, le prix.

Bien sûr on ne se penche pas que sur les ampoules dans ces ateliers. Au programme des 13 séances prévues tout au long de l’année, on aborde notamment les questions de consommation d’eau, la qualité de l’eau, son goût ou l’épuration. L’isolation de son habitat, ou encore les problèmes d’humidité ; ce sont les participants eux-mêmes qui décident des sujets qui seront abordés.

Réduire la consommation, mais pas que…

En 2007, L’ASBL empreintes a monté les ateliers avec l’aide du CPAS de Namur. Depuis, l’association anime des ateliers eco-watchers dans toute la Wallonie. Ces ateliers, mis en place avec l’aide de partenaires tels que les CPAS, les régies de quartier ou les sociétés de logements.

« Au départ, l’objectif des ateliers était de sensibiliser à l’utilisation de l’énergie, explique Stéphanie De Tiège, à l’origine du projet. Mais dans les faits ces personnes en situation de précarité énergétique sont déjà bien plus économes que la majeure partie des Wallons. Aujourd’hui, l’essentiel est d’informer correctement ces personnes et leur redonner une maîtrise sur leur environnement. De l’“empowerement” au travers des questions énergétiques ».

« Il nous arrive régulièrement d’animer des groupes où des participants ne se chauffent pas par manque de moyens, explique la responsable. On leur explique alors que ne pas chauffer pendant plusieurs semaines peut augmenter l’humidité et que les conséquences peuvent être plus graves sur la santé, par exemple. Et la spirale peut être sans fin. L’objectif n’est pas tant la réduction de la consommation que la maîtrise et la compréhension de celle-ci ».

Ecologique ET social

Au-delà des questions énergétiques le projet a un impact fort sur moral des participants. Effectivement, autour de la table, on papote, on échange des conseils. « Pour éviter que mes appareils ne consomment trop en veille, explique Emilie, c’est simple : dès que je sors, je coupe le téco ». « Ah oui, ça, c’est radical », rigole une autre.

« Ces séances sont aussi le moyen pour les gens de sortir, d’apprendre à se connaître et créer une dynamique de groupe. Le relationnel est super-important et on constate réellement une forme de réintégration sociale chez les participants », explique Laurence, tutrice en énergie au CPAS de la commune.

Reste qu’il n’est pas forcément simple d’économiser de l’énergie alors qu’on est déjà en situation de privation. « Les situations sont différentes pour chacun mais peu de personnes peuvent se permettre d’isoler leur habitation. La plupart d’entre eux ne sont pas propriétaires », note Mathieu Le Clef, responsable du pôle mobilisation d’Empreintes.

Du coup, l’ASBL propose une enveloppe aux participants afin de leur permettre quelques frais. Entre 150 et 500 euros par ménage. « Au départ, nous voyions cela comme un incitant à participer à ces séances qui se font sur base volontaire mais avec l’engagement de venir à chacune d’entre elle. Mais avec ces sommes, il ne faut pas se voiler la face on ne peut que mettre des sparadraps sur des logements qu’il faudrait bien souvent complètement rénover. Malheureusement, la précarité en règle générale, augmente et la précarité énergétique ne fait pas exception. Il ne faut pas oublier qu’aujourd’hui encore, des gens meurent de froid chez eux. Développer une écocitoyenneté redonnant du contrôle aux gens est un premier pas mais il faut aussi sensibiliser le monde politique à ces questions ».

Les pouvoirs publics et l’industrie à la rescousse

Par Th.C.

Au départ, Empreintes est une association de jeunesse mais en 2007, elle est devenue un centre régional d’initiation à l’environnement (CRIE). A ce titre, elle a donc décroché un financement de la Région. Mais les subventions ne couvrent pas tout. Il a fallu notamment réadapter et créer énormément de supports pour les séances qui se destinent à un autre public que celui des enfants. D’autant que, comme ce sont les participants eux-mêmes qui choisissent les dossiers de travail, le catalogue de supports est en constante évolution. «  Les besoins que nous avions évalués il y a six ans ne sont plus du tout les mêmes qu’aujourd’hui ; les questions sur les problèmes d’humidité par exemple, ont beaucoup augmenté ces dernières années ». Pour couvrir tous ces coûts, l’association a donc décidé d’établir un partenariat avec la Fondation Schneider Electric qui finance en partie leurs besoins.

« Aujourd’hui, l’accès à l’énergie est de plus en plus considéré comme un droit humain, estime Gilles Vermot Desroches, directeur développement durable chez Schneider Electric et délégué général de la fondation. Pourtant, environ un milliard d’êtres humains ne disposent pas d’un accès à l’énergie. Un des enjeux futurs consiste à leur apporter tout en réduisant l’impact de l’Homme sur la planète. Mais dans le même temps, 60 millions d’Européens se trouvent en situation de précarité énergétique. Cela signifie que leur facture d’énergie représente plus de 10 % des revenus de leur ménage. Et l’on parle autant de propriétaires, que de locataires ou de personnes âgées ou de mères célibataires. Si on parvient, par une baisse de consommation ou l’utilisation d’équipement plus performant à faire économiser 30 % sur ces factures à ces ménages, c’est du “reste à vivre” pour eux ». En Belgique, la fondation travaille pour ce faire avec la Fondation Roi Baudouin.« Nous avons lancé, avec Ashoka, plusieurs appels à projet. Et Empreintes est la dernière association qui a été sélectionnée. Nous aidons donc à la création de leurs brochures, explique Patricia Benchenna », directrice philanthropie et fondation chez Schneider Electric.