Le loup recolonise dans la tension

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© D.R.
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Les populations européennes de loups sont en croissance, mais les amis de canis lupus sont inquiets. La lente progression du loup rencontre des oppositions croissantes. Les tensions avec une partie du monde agricole, le braconnage, les autorisations d’abattage ont créé un climat peu propice à la bonne santé des effectifs du grand canidé sur le territoire européen. Plusieurs représentants de l’alliance européenne pour la conservation du loup, à laquelle vient de s’affilier l’association belge Natagora, ont fait part de leurs préoccupations à la Commission européenne. Celle-ci n’a cependant pas jugé que les programmes d’abattage mis en place dans plusieurs Etats membres (France, Espagne, Suède, Roumanie, mais aussi Norvège) étaient de nature à menacer l’espèce. Pour elle, le loup est certes un animal protégé dont l’« état favorable de conservation », doit être assuré par les Etats. Mais la mise en œuvre de la directive « habitats » exigeant ce bon état de conservation dépend de chaque Etat. Si les chiffres ne sont pas trop mauvais, l’exécutif européen n’a manifestement pas l’intention d’aller mettre son nez dans les affaires nationales.

Recolonisation

Il y aurait aujourd’hui environ 12.000 loups en Europe. L’essentiel se trouve en Roumanie, En Italie, en Espagne et dans les Balkans. L’animal a fait son retour en France, en Suisse, en Autriche et en Allemagne. Il n’est pas encore installé chez nous, mais selon certains experts, ce ne serait qu’une question de temps. Pour les associations de protection de l’environnement, si le loup recolonise une partie de son ancienne aire de répartition, sa progression est encore insuffisante pour qu’il puisse « assurer son rôle écologique » de prédateur des grands ongulés (cerf, sanglier, chevreuil…). En exerçant une pression sur ces animaux responsables de dégâts dans les forêts et dans les zones agricoles, le loup rend service à l’homme et à la nature.

La réponse donnée par la Commission a manifestement déçu les défenseurs du loup. « Au-delà de l’aspect numérique des populations, c’est le nombre de loups reproducteurs qui importe, estime Anthony Kohler, vice-président de l’association française Ferus et expert auprès des autorités wallonnes. Pris isolément, un loup n’a pas de véritable valeur s’il n’est pas établi et en état de se reproduire ». Or, indiquent les défenseurs de l’animal, en pratiquant des politiques d’abattage et en tolérant le braconnage, les autorités déstructurent les meutes, et causent l’éparpillement des animaux qui, isolés, s’attaquent plus volontiers aux proies faciles que sont les troupeaux de moutons. Inversement, une meute structurée serait plus encline à mettre des ongulés sauvages à son menu.

Un coupable facile

En Espagne, en France, en Italie du Nord, certains ont déclaré la guerre au loup, accusé de piller les troupeaux. Certaines régions espagnoles ont tout simplement éradiqué l’animal. En France, le dernier plan autorise l’abattage de 40 loups chaque année. Pour les associations, on attribue un peu trop rapidement au loup des prédations commises en réalité par des chiens. « Au Royaume-Uni, île exempte de loup depuis le XVIIIe siècle, 40.000 moutons ont été tués l’an dernier par des chiens », relève Mauricio Anton, secrétaire général de l’association espagnole Lobo Marley. Le nombre de moutons tués en France en 2016 s’élevait à 9.788. Les défenseurs du loup demandent donc qu’on procède à des analyses ADN des animaux agressés afin de déterminer les responsabilités. Selon eux, de nombreuses attaques de chiens sont attribuées au loup – la moitié en France – afin d’en obtenir une meilleure indemnisation.

Plus fondamentalement, ils estiment que le loup fait partie du « patrimoine européen ». « La logique qui doit guider tout le monde, dit Kohler, c’est la protection. Protection des troupeaux, protection des éleveurs et protection des loups. Il faut protéger tout le monde ».

Wallonie: loup n’y est pas, encore…

Par Michel De Muelenaere

Le loup n’est pas encore installé chez nous, mais ce ne serait qu’une question de temps. Viendra-t-il d’Europe de l’Est via l’Allemagne ? Ou d’Italie via la France ? Difficile de le savoir. Des signalements non confirmés ont eu lieu de-ci de-là. « Pour l’instant, rien à se mettre sous la dent », confirme Anthony Kohler, expert auprès des autorités et responsable adjoint du parc animalier des Grottes de Han. Les autorités wallonnes n’ont pas attendu d’en avoir la confirmation pour se préparer au retour du loup. Un groupe de travail a été mis en place afin d’en examiner les aspects pratiques, notamment la question de l’information du public et de la communication, cruciaux en cas d’apparition de la bestiole. Celle-ci s’attaquera-t-elle aux troupeaux ? C’est un risque, même si la situation diffère beaucoup des alpages. L’arrêté prévoyant l’indemnisation des dommages causés par certaines espèces animales protégées a en tout cas été modifié pour y intégrer le loup.