Greenlab donne un coup d’accélérateur aux business durables

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Didier Gosuin dit vouloir « mettre en place des surprimes pour les entreprises actives dans l’économie circulaire. » ©
Didier Gosuin dit vouloir « mettre en place des surprimes pour les entreprises actives dans l’économie circulaire. » © - Reporters/QUINET

Bruxelles se veut l’une des villes fer de lance en matière d’économie circulaire. Depuis 6 ans, le programme greenlab.brussels, accélère la transition d’un modèle économique dit linéaire – lequel consiste à extraire, produire et consommer – à un modèle circulaire. Ce dernier se caractérise par une limitation drastique de la consommation de matières premières et d’énergie et ne produit, idéalement, aucun déchet non réutilisable. Pour ce faire, des entrepreneurs porteurs d’une idée verte sont aidés à la transformer en un concept durable et rentable.

Pour cette sixième édition de Greenlab.brussels, 32 candidats-entrepreneurs, dont 22 femmes (68 %), ont été encadrés par des experts en accompagnement et en économie circulaire. En 6 mois, chaque équipe a bénéficié de 100 heures de workshops en entrepreneuriat durable, et de près de 20 heures de coaching et d’expertise. Un rythme soutenu pour peut-être accoucher, d’ici quelques mois, d’une start-up à l’accent d’économie circulaire. Parmi les 15 projets développés, les 4 plus prometteurs viennent d’être primés (lire encadré).

25 % des projets aboutissent

Une question brûle toutes les lèvres : Greenlab, est-ce que ça marche ? Avec le recul de 56 projets accompagnés en 6 ans, on peut désormais l’affirmer, chiffres à l’appui. Depuis la création du programme en 2012, en moyenne chaque année, 25 % des projets ont conduit à la création d’une entreprise.

Certains, comme Tale me, mené par Anna Balez, n’ont pas à rougir de leur succès. Son concept ? Une plate-forme de location de vêtements pour bébés. Chaque habit devient ainsi un objet de partage et vit plusieurs vies en habillant successivement plusieurs bambins de moins de 4 ans. En termes d’économie circulaire, les avantages sont multiples : la durée de vie des vêtements est prolongée, ils sont rendus plus abordables tandis que la consommation des ménages est amenée à la baisse.

Cette plate-forme de location dispose d’un magasin physique à Saint-Gilles. La souscription à un abonnement mensuel garantit l’accès à des vêtements adaptés aux besoins en termes de taille, de saison, de quantité de vêtements et de style. Soutenue par le programme Eco-Innovation de la Commission Européenne, Tale Me bénéficie aujourd’hui d’une bourse de 600.000€ pour accélérer son développement. Et ce phénomène belge s’étend en dehors de nos frontières. En janvier 2017, une boutique Tale me ouvrait à Paris. En mai 2017, c’était au tour de Berlin.

Si les 4 premières promotions de Greenlab ont chacune accouché d’un nombre significatif d’entreprises, celle de 2016 fut encore plus fructueuse. En effet, au terme de la 5e saison, plus de 50 % des équipes ont démarré leur activité. Parmi ceux-ci, on retrouve les 3 lauréats : Shayp, Lili Bulk et Alma sana. Tous 3 ont un développé un concept innovant et durable. Shayp a conçu un bracelet intelligent capable de détecter en temps réel les consommations d’eau anormales des bâtiments. Lili Bulk livre à vélo des denrées bio et zéro déchet contenue dans des bocaux consignés ; tandis que Alma Sana propose des ateliers de fabrication de produits naturels.

A ce trio s’en ajoute un autre qui a lui, aussi, mené à la création d’entreprises. Il y a Skyfarms qui a pour vocation l’aménagement de toits, de terrasses ou de jardins en potagers d’entreprise urbains. Mais aussi Looops qui donne une nouvelle vie aux jouets usagés. Et enfin Happinest, un dépôt-vente proposant des articles de seconde main en très bon état remis dans le circuit à petit prix dans une perspective durable.

Bien qu’individuels, ces succès influencent la politique en région bruxelloise. Didier Gosuin, ministre bruxellois de l’Economie, a en effet profité de la tribune de la remise des prix Greenlab pour annoncer que davantage de subsides pourront être accordés aux entrepreneurs. « Premièrement, on crée des aides au recrutement pour les entreprises qui ont des projets d’excellence en matière d’économie circulaire, détaille-t-il. Deuxièmement, on va permettre que du matériel de seconde main soit éligible dans les aides aux investissements. C’est inédit. Ensuite, les formations liées à des démarches en économie circulaire seront subsidiées à hauteur de 60 % pour les moyennes entreprises et 70 % petites entreprises, au lieu de 50 % aujourd’hui. Car former son personnel est la première démarche qu’une entreprise peut prendre avant d’envisager un changement. Et enfin, on va mettre en place des surprimes pour les entreprises actives dans l’économie circulaire. » De quoi faire tourner le monde un peu plus rond.

2017, l’année du café

Par L.Th.

Parmi les quatre lauréats de la 6e édition du concours Greenlab.brussels, deux voient leur avenir dans le café. Il y a tout d’abord le «  Boentje café  », qui projette de lancer le premier coffee house bruxellois à objectif zéro déchet. «  Du cœur et des produits d’ici, bons pour toi et la planète. Délicieux tout nus, sans déchet superflu. On va te mettre du local dans ton bocal, et tu vas adorer ça !  », expliquent les entrepreneures Sandrine Belgrado et Victoria Lavenne.

La mythique pub du beau brun lâchant « what else ? » a eu comme effet de faire bondir les ventes de café en capsules. Et par là de générer des montagnes de déchets. Partant du constat que seule une capsule sur cinq est recyclée et souhaitant s’inscrire dans la résolution de la problématique des déchets, Emmanuel van der Plancke a eu l’idée de «  Mon cafetier  ». Il s’agit d’une offre de « coffee as a service » qui comprend, pour le prix du café en capsules, la livraison mensuelle de café en grains fraîchement torréfié et la location d’une machine expresso à moulin intégré. Quid des déchets générés par cette activité ? Aucun, à part du marc de café 100 % naturel.

S’ils y carburent peut-être, tous les lauréats ne placent pas leurs billes dans le café. «  Box Bunny » , par exemple, veut répondre aux défis alimentaires. Pour cela il met sur pied un service d’alimentation durable pour les enfants via la livraison de boîtes à pique-nique dans les écoles en Région bruxelloise. Les ingrédients sont issus d’une agriculture responsable, locale et de saison, tandis que les recettes répondent aux besoins nutritifs des plus petits. Le projet créé par Alice Conquand, Coline Thomas, Amélie Mertens et Ludovic van Laethem intègre une empreinte carbone la plus basse possible pour chaque étape du processus – approvisionnement, production, logistique ou encore réutilisation des boîtes.

Enfin, le quatrième lauréat surfe sur la vague du do-it-yourself. «  Fais-le toi-même  » est d’ailleurs le nom de ce projet – et de l’atelier – créé par Elise Boon et Lucie Laffineur. Dans cet espace situé à Ixelles, on trouve tous les outils indispensables à la création ainsi qu’une ressourcerie en matériaux de réemploi. De surcroît, des cours collectifs de savoir-faire manuel sont dispensés pour guider les débutants et aiguiller les expérimentés pour davantage d’autonomie dans les gestes du quotidien tout en créant du lien social.

Greenlab donne un coup d’accélérateur aux business durables

Par Laetitia Theunis

Didier Gosuin dit vouloir « mettre en place des surprimes pour les entreprises actives dans l’économie circulaire. » ©
Didier Gosuin dit vouloir « mettre en place des surprimes pour les entreprises actives dans l’économie circulaire. » © - Reporters/QUINET

Bruxelles se veut l’une des villes fer de lance en matière d’économie circulaire. Depuis 6 ans, le programme greenlab.brussels, accélère la transition d’un modèle économique dit linéaire – lequel consiste à extraire, produire et consommer – à un modèle circulaire. Ce dernier se caractérise par une limitation drastique de la consommation de matières premières et d’énergie et ne produit, idéalement, aucun déchet non réutilisable. Pour ce faire, des entrepreneurs porteurs d’une idée verte sont aidés à la transformer en un concept durable et rentable.

Pour cette sixième édition de Greenlab.brussels, 32 candidats-entrepreneurs, dont 22 femmes (68 %), ont été encadrés par des experts en accompagnement et en économie circulaire. En 6 mois, chaque équipe a bénéficié de 100 heures de workshops en entrepreneuriat durable, et de près de 20 heures de coaching et d’expertise. Un rythme soutenu pour peut-être accoucher, d’ici quelques mois, d’une start-up à l’accent d’économie circulaire. Parmi les 15 projets développés, les 4 plus prometteurs viennent d’être primés (lire encadré).

25 % des projets aboutissent

Une question brûle toutes les lèvres : Greenlab, est-ce que ça marche ? Avec le recul de 56 projets accompagnés en 6 ans, on peut désormais l’affirmer, chiffres à l’appui. Depuis la création du programme en 2012, en moyenne chaque année, 25 % des projets ont conduit à la création d’une entreprise.

Certains, comme Tale me, mené par Anna Balez, n’ont pas à rougir de leur succès. Son concept ? Une plate-forme de location de vêtements pour bébés. Chaque habit devient ainsi un objet de partage et vit plusieurs vies en habillant successivement plusieurs bambins de moins de 4 ans. En termes d’économie circulaire, les avantages sont multiples : la durée de vie des vêtements est prolongée, ils sont rendus plus abordables tandis que la consommation des ménages est amenée à la baisse.

Cette plate-forme de location dispose d’un magasin physique à Saint-Gilles. La souscription à un abonnement mensuel garantit l’accès à des vêtements adaptés aux besoins en termes de taille, de saison, de quantité de vêtements et de style. Soutenue par le programme Eco-Innovation de la Commission Européenne, Tale Me bénéficie aujourd’hui d’une bourse de 600.000€ pour accélérer son développement. Et ce phénomène belge s’étend en dehors de nos frontières. En janvier 2017, une boutique Tale me ouvrait à Paris. En mai 2017, c’était au tour de Berlin.

Si les 4 premières promotions de Greenlab ont chacune accouché d’un nombre significatif d’entreprises, celle de 2016 fut encore plus fructueuse. En effet, au terme de la 5e saison, plus de 50 % des équipes ont démarré leur activité. Parmi ceux-ci, on retrouve les 3 lauréats : Shayp, Lili Bulk et Alma sana. Tous 3 ont un développé un concept innovant et durable. Shayp a conçu un bracelet intelligent capable de détecter en temps réel les consommations d’eau anormales des bâtiments. Lili Bulk livre à vélo des denrées bio et zéro déchet contenue dans des bocaux consignés ; tandis que Alma Sana propose des ateliers de fabrication de produits naturels.

A ce trio s’en ajoute un autre qui a lui, aussi, mené à la création d’entreprises. Il y a Skyfarms qui a pour vocation l’aménagement de toits, de terrasses ou de jardins en potagers d’entreprise urbains. Mais aussi Looops qui donne une nouvelle vie aux jouets usagés. Et enfin Happinest, un dépôt-vente proposant des articles de seconde main en très bon état remis dans le circuit à petit prix dans une perspective durable.

Bien qu’individuels, ces succès influencent la politique en région bruxelloise. Didier Gosuin, ministre bruxellois de l’Economie, a en effet profité de la tribune de la remise des prix Greenlab pour annoncer que davantage de subsides pourront être accordés aux entrepreneurs. « Premièrement, on crée des aides au recrutement pour les entreprises qui ont des projets d’excellence en matière d’économie circulaire, détaille-t-il. Deuxièmement, on va permettre que du matériel de seconde main soit éligible dans les aides aux investissements. C’est inédit. Ensuite, les formations liées à des démarches en économie circulaire seront subsidiées à hauteur de 60 % pour les moyennes entreprises et 70 % petites entreprises, au lieu de 50 % aujourd’hui. Car former son personnel est la première démarche qu’une entreprise peut prendre avant d’envisager un changement. Et enfin, on va mettre en place des surprimes pour les entreprises actives dans l’économie circulaire. » De quoi faire tourner le monde un peu plus rond.