Les clients financent les producteurs

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En un an, le magasin des petits producteurs a réussi à attirer 2.000 clients. © Michel Tonneau.
En un an, le magasin des petits producteurs a réussi à attirer 2.000 clients. © Michel Tonneau. - Michel Tonneau.

L’aventure a commencé il y a un an lorsque la coopérative liégeoise de production agroécologique « Les Compagnons de la terre » s’est retrouvée avec des surplus de production difficiles à écouler.

« Dans une relative urgence, nous avons ouvert un point de vente rue Neuvice avec peu de références et essentiellement des produits en vrac, bios, frais et locaux », explique Pascal Hennen, qui avait une longue expérience dans la distribution de produits biologiques. Assez rapidement, une vingtaine de producteurs montent dans le train. « Tous ne sont pas locaux (on travaille notamment avec une coopérative grecque) et une partie des fruits et légumes (environ 10 %) provient de grossistes, pour les bananes notamment », poursuit-il.

Le bouche-à-oreille fait son effet. L’aspect « épiceries d’antan sans chichi », les prix légèrement plus bas et des produits frais essentiellement de saison éveillent la curiosité. En dépit de son aspect brut – les étals sont constitués de palettes –, le magasin attire des clients – 2.000 actuellement — qui n’allaient pas nécessairement dans les magasins bios.

En août dernier, « Les petits producteurs » sont devenus une coopérative à finalité sociale et ont ouvert un deuxième magasin dans le quartier de Sainte-Walburge, ce qui porte l’emploi à six équivalents temps plein. Jeudi dernier, ils ont lancé un appel à l’épargne privée afin de récolter dans les quatre mois à venir la somme de 99.750 euros.

« L’objectif est de financer et développer un projet de magasins bios et plus largement une agriculture de transition en région liégeoise », déclare Christian Jonet, coordinateur de la ceinture Aliment-Terre liégeoise. Les dividendes plafonnés à 2 % du capital investi couvrent à peine l’inflation. « Nous voulons que les bénéfices générés par les magasins servent à financer la mise à disposition de terres pour installer de nouveaux maraîchers car notre projet est agricole avant d’être commercial », explique Pascal Hennen.

Environ 20 % des clients ainsi que la majorité des producteurs ont adhéré à la coopérative. Être membre n’est pas une condition sine qua non pour y faire ses achats contrairement à d’autres projets tels que le supermarché coopératif (lire ci-dessous). L’appel à l’épargne privée – la part sociale est fixée à 250 euros — doit permettre de créer, d’ici 2021, une quinzaine d’emplois supplémentaires et lancer un nouveau magasin chaque année.

« Nous allons grandir en suivant la croissance de la production locale, poursuit Pascal Hennen. Chaque année, à l’automne, nous fixons avec les producteurs un plan de culture qui correspond, en gros, à ce que nous prévoyons de leur acheter. »

Dans ce créneau de la production locale, les pouvoirs publics veulent participer à la croissance des circuits courts en favorisant l’installation de nouveaux producteurs. C’est ainsi que dans le nouveau schéma de développement territorial, les communes de l’arrondissement de Liège s’engagent à mobiliser sur 20 ans une centaine d’hectares, ce qui pourrait créer jusqu’à 5.000 emplois. La Ville de Liège réalisera par exemple un cadastre des terres à potentiel agricole afin d’y installer de nouveaux producteurs.

Une déduction fiscale de 45%

Les coopérateurs bénéficieront d’une déduction fiscale de 45 % du montant de la part sociale, part qu’ils devront cependant garder quatre ans afin de bénéficier de cet incitant. Les dividendes ont, elles, été plafonnées à 2 % au lieu de 6 %. Un appel public est déjà programmé pour janvier 2018 au plus tard afin de lever 1 million d’euros. Cette somme financera l’achat de terres, l’octroi de prêts à des conditions préférentielles et servira de soutien à l’investissement. Infos : lespetitsproducteurs.be

Nouveau projet de supermarché coopératif

« Notre projet est agricole avant d’être commercial » PASCAL HENNEN, « LES PETITS PRODUCTEURS ».
« Notre projet est agricole avant d’être commercial » PASCAL HENNEN, « LES PETITS PRODUCTEURS ».

Après le « Bees Coop » de Schaerbeek et le « Coopéco » de Charleroi, un nouveau projet de supermarché coopératif est en train de naître à Liège. Nom de code : « Oufti que c’est bon ». « Comme beaucoup de gens, j’ai vu le film sur FoodCoop et cela a tout de suite rencontré l’envie chez moi de développer un projet d’alimentation de qualité bon marché, explique Rachel Delcour qui travaille à temps partiel dans le marketing pour une entreprise de machines agricoles. J’ai des revenus moyens avec lesquels il est difficile de manger 100 % bio. Et je n’ai pas le temps de courir les magasins de vente directe à la ferme ou les marchés pour faire mes courses. Dès lors, avoir tout au même endroit à des prix plus bas ça devient très intéressant en termes de mixité sociale. »

Dans le modèle du supermarché coopératif, les clients doivent être membres de la coopérative pour y faire leurs courses. Ils consacrent une partie de leur temps (3 heures par mois) à différentes tâches (emballage, logistique, approvisionnement), ce qui permet de faire baisser le poste « charges salariales » même si le magasin compte quelques salariés. Le statut de coopérative à finalité sociale permet en outre aux personnes qui ont des allocations de ne pas les perdre si elles prestent bénévolement quelques heures par mois au service du supermarché.

« Actuellement, après deux réunions nous sommes un noyau dur de 5 à 10 personnes, poursuit Rachel Delcour qui est accompagnée par les Compagnons de la Terre, la Ceinture Aliment-Terre et ID Campus. Grâce à l’expérience des autres, nous espérons boucler le projet d’ici un peu plus d’un an en commençant par une petite supérette dans un quartier liégeois où il y a une mixité sociale. » Selon les premiers souhaits exprimés par la petite centaine de personnes qui participent au projet, le lieu devrait être pourvu d’un parking, accessible aux transports en commun et à pied.

« Le prix mais aussi la formation font partie des éléments qui doivent favoriser l’accès à l’alimentation de qualité, selon Rachel Delcour.  Nous voulons qu’une partie des bénéfices soit réinjectée dans des projets éducatifs tels que des ateliers cuisine. »

Ph.Bx.

(1) Prochaine réunion le 20 septembre à 19 h 30 chez IDCampus.

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