Le premier repair café belge a cinq ans

Au repair café, pas question de déposer son objet estropié et de venir le chercher révisé une heure plus tard. Au contraire, on est invité  à s’asseoir aux côtés du réparateur tout au long du processus, pour apprendre les bons gestes.
Au repair café, pas question de déposer son objet estropié et de venir le chercher révisé une heure plus tard. Au contraire, on est invité à s’asseoir aux côtés du réparateur tout au long du processus, pour apprendre les bons gestes. - Michel Tonneau

Jeter ? Pas question. Une chaise au pied branlant, un grille-pain qui ne grille plus, un vélo crevé, une veste amputée d’un bouton… A Molenbeek-Saint-Jean, à Herstal ou sur les hauteurs de Malonne, ces objets cassés reviennent à la vie sous les mains de passionnés de réparation. Un après-midi par mois – le mercredi, le samedi ou le dimanche –, un repair café y prend ses quartiers. Derrière le terme anglais se cache un mouvement citoyen international de lutte contre le gaspillage, promouvant la transition vers une société plus respectueuse de l’environnement.

Voilà tout juste 5 ans que la déferlante des repair cafés atteignait la Belgique. C’est à Ixelles (1) que le premier d’entre eux a ouvert ses portes. C’était en 2012 et depuis lors, ces initiatives citoyennes bénévoles se sont multipliées. Désormais, notre pays en compte 215. Peut-être est-ce la genèse néerlandaise de cette initiative citoyenne qui explique sa prédominance en Flandre. On y dénombre 107 repair cafés, 87 en Wallonie et 21 en région bruxelloise.

« En 2016, explique l’ASBL Repair Together, coordinatrice des repair cafés belges francophones, 63 % des 58 tonnes d’objets apportés ont été réparés. » Autrement dit, pas moins de 36,5 tonnes d’objets ont évité le stade « déchets » et sont repartis dans leurs pénates pour continuer à vivre leur vie. Et ce, grâce au tournevis, à la clé allen, à la scie et à la machine à coudre d’un des 3.500 bénévoles des repair cafés.

« Le lien humain se crée »

Ce sont des héros pétris de bon sens. Les pannes et casses qu’ils réparent sont souvent simples. Mais, la modernisation et le confort ont rendu la population tristement pataude. En dessous de 40 ans, rares sont les citoyens à savoir correctement recoller une assiette brisée, manier le tournevis ou poser un diagnostic sur une machine à café qui semble moribonde. « On voudrait rendre aux gens le réflexe et le savoir-faire de la réparation, ainsi que le sens de la matière, explique François, réparateur bénévole dans le Namurois. En effet, pour fabriquer les objets, des ressources limitées ont été consommées : elles sont précieuses. »

C’est pour cela qu’au repair café, pas question de déposer son objet estropié et de venir le chercher révisé une heure plus tard. Au contraire, on est invité à s’asseoir au côté du réparateur tout au long du processus, pour apprendre les bons gestes. « Ce qui se passe alors est fabuleux, la conversation démarre, le savoir s’échange et le lien humain se crée », poursuit François. Comme la plupart des autres dépanneurs œuvrant dans les repair cafés, il n’est pas un professionnel de métier mais un amateur passionné et doué.

Du côté francophone, selon les chiffres de Repair Together,« environ 29.000 objets d’un poids moyen de 1 kg ont été réparés l’an dernier ». En tête du hit-parade de ceux qui repartent du repair café avec la promesse d’une seconde vie, on retrouve le petit électroménager talonné par les objets informatiques et électroniques.

Autour de ces stands, fourmillent souvent des citoyens à l’esprit curieux. Avides de parvenir, eux aussi, à comprendre le pourquoi d’une panne mécanique ou électronique, ils observent les gestes des réparateurs. « Pour aucun des appareils reçus, nous n’avons de manuel technique d’intervention. Il faut deviner comment ça se démonte et puis comment ça fonctionne », explique Jean-Louis, réparateur bénévole de petit électro. « Parvenir à diagnostiquer une panne et en revenir à bout, c’est très gratifiant, précise son voisin de table. Quand je rends un ordinateur réparé, alors qu’on me l’avait amené comme mort, je ressens un plaisir immense. » Un plaisir partagé par celui qui repart chez lui avec un PC en état de marche.

La tournée des festivals

La réparation est gratuite, bien qu’une petite contribution dans la tirelire commune fasse toujours plaisir. Nombre de dépanneurs s’approvisionnent en pièces de rechange de seconde main. Si d’aventure il en fallait une neuve pour réparer votre machine à café high-tech, la description précise vous en sera donnée pour que vous alliez l’acheter. Elle sera placée dans l’appareil moribond à la prochaine session du repair café.

Ils n’investissent pas seulement les salles communales ou locaux d’ASBL. Cet été, vous avez pu les rencontrer lors de différents festivals comme La Semo, les Ardentes et Esperanzah. C’est le repair café de Liège qui a posé, le temps d’un week-end, sa boîte à outils à l’Abbaye de Floreffe. « On revient d’Esperanzah avec des musiques et des souvenirs plein la tête comme les sourires de ceux qu’on a pu dépanner cette année. En tout, on a réparé 13 stands des alentours, une poubelle, la sono du village des possibles, 8 paires de chaussures et sandales, 2 pantalons, 4 paires de lunettes, une veste, 7 sacs, 7 GSM, un portefeuille, une casquette, 2 brosses à dents, 2 ordinateurs, un sac de couchage et… une roue de loterie ! Et puis on a pu faire connaître le concept à ceux qui ne le connaissaient pas encore et aiguiller les intéressés vers les repair cafés proches de chez eux ! »

Et près de chez vous, y en a-t-il un ? A coup sûr, oui. On en compte 13 en Brabant wallon, 17 dans le Hainaut, 28 à Liège, 12 dans le Luxembourg, 17 à Namur et 21 à Bruxelles. Mais quel est le plus proche ? Pour le savoir, direction le site www.repairtogether.be.

(1) Une fête est prévue le 3 septembre au repair café d’Ixelles, de 14 à 18 h au 12, avenue de la Couronne, à 1050 Bruxelles.