L’éolien citoyen a le vent en poupe

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En 2016, la coopérative a produit de quoi alimenter 1.400 ménages. © Bruno De Heneffe.
En 2016, la coopérative a produit de quoi alimenter 1.400 ménages. © Bruno De Heneffe.

A l’heure où les comptes épargne ne rapportent plus grand-chose suite à la dégringolade des taux d’intérêt, d’autres modes de placement plus rentables pour faire fructifier son argent plus rapidement ou obtenir un retour sur investissement ont le vent en poupe auprès des particuliers.

C’est le cas de la brique, de l’or, des diamants ou encore du marché de l’art mais aussi désormais des énergies renouvelables. Citons bien sûr les panneaux photovoltaïques au travers de la délivrance des certificats verts, mais également l’éolien citoyen qui connaît à son tour un réel attrait auprès des contribuables soucieux de promouvoir le développement durable sans laisser dormir, par la même occasion, leur patrimoine financier.

On en veut pour preuve le succès grandissant de la coopérative leuzoise pour les énergies du futur (CLEF) qui, à l’occasion de sa 8e assemblée générale, vient de réunir ses nombreux actionnaires pour leur dévoiler les résultats de l’année écoulée.

Un production tributaire des conditions météo

Ayant démarré ses activités dans la cité bonnetière en 2008 avec une petite trentaine de souscripteurs, la SCRL Clef en compte aujourd’hui plus d’un millier issu de tous horizons socioprofessionnels. Ces derniers détiennent chacun des parts dans l’exploitation de l’une des éoliennes dont cette coopérative – la seule du genre en province de Hainaut – est propriétaire à 100 % depuis 2011 au sein du parc de Leuze-Europe géré par l’intercommunale Ideta et Electrabel-Engie.

« Depuis 2015, la coopérative a vu son capital doubler de plus de 50 %. À l’heure actuelle, celui-ci s’élève à plus de 2,4 millions d’euros », indiquent ses responsables. Cette forte croissance, la SCRL Clef en récolte les fruits grâce aux divers investissements consentis dans la cogestion d’autres parcs éoliens de la région et même bien au-delà, du côté de Nivelles.

La production d’électricité verte reste néanmoins tributaire des conditions météorologiques. Par rapport à 2014 qui avait été une année exceptionnellement venteuse, la coopérative leuzoise n’a pas réussi à atteindre en 2016 les 5.000 mégawatts mais les chiffres n’en demeurent pas moins positifs pour ses actionnaires qui se partageront un dividende de 4 %. La SCRL Clef réinjecte, en outre, une partie de ses bénéfices dans de nouveaux projets éoliens auxquels elle associera son nom et sa réputation dans un futur proche.

Certains riverains sont en défaveur des éoliennes

Ces dernières années, le Hainaut Occidental a vu fleurir beaucoup d’éoliennes sur son territoire qui offre, il est vrai, des conditions propices tant au niveau du relief que de la direction des vents.

Cette prolifération n’est pas du goût de tout le monde et notamment de certains riverains pour lesquels les moulins à vent du XXIe siècle sont d’abord et avant tout une source de nuisances sonores et visuelles. La SCRL Clef a déjà dû, elle-même, faire face à un vent de contestation ou combattre le phénomène Nimby, comme l’explique un de ses porte-parole.

« Nous avons toujours privilégié le dialogue et la concertation avec la population mais dans une dynamique constructive car force est de constater que certaines personnes sont totalement fermées à la discussion en matière d’implantation d’éoliennes sauf s’ils obtiennent de la part du promoteur des compensations financières », déplore Jean-François Masure.

Et notre interlocuteur de se réjouir qu’à l’horizon 2020, une centaine de nouvelles machines devraient s’élever dans le ciel wallon pour mieux couvrir en électricité verte les besoins des ménages et des entreprises situés sur ce vaste territoire.

Un mouvement qui reste marginal

Par Michel De Muelenaere

L’éolien participatif en Belgique, c’est une affaire qui tourne déjà depuis un moment. A la fin de l’année dernière, 20 coopératives avaient investi dans des projets d’énergie renouvelable (éolien, mais aussi photovoltaïque et biométhanisation). Ces coopératives réunissent 7.500 coopérateurs ayant contribué à hauteur de 10,7 millions d’euros de capital, indique Rescoop, leur coopérative faîtière. Ces coopératives possèdent ensemble 12,2 mégawatts installés et « géreront bientôt 21 MW, y compris une production d’électricité et de chaleur par biométhanisation ». En 2012, les coopératives de production se sont intéressées à un autre domaine, légalement séparé de la production : la fourniture d’électricité verte et citoyenne. Elles ont créé le « comptoir citoyen des énergies », Cociter. Il est donc désormais possible de se fournir en énergie totalement verte et totalement locale. Une sorte de circuit court de l’électricité. Cociter se targue de pratiquer des tarifs qui servent «  uniquement à couvrir les coûts réels, dont l’achat de l’électricité verte produite par les coopératives associées ». Les coopérateurs membres des coopératives de production y bénéficient d’un tarif préférentiel.

L’intérêt de la coopérative de production ? Outre un engagement « politique » dans une structure où les décisions sont plus transparentes et plus égalitaires et où on porte un projet « durable », l’engagement des particuliers dans ces structures facilite leur acceptation au niveau local. Par ailleurs, les coopératives délivrent un dividende qui dépasse actuellement le rendement des comptes d’épargne. De 2 à 6 % en fonction des structures.

Ces raisons, surtout la dernière, ont poussé des grands opérateurs historiques comme Electrabel (CoGreen), Lampiris (Lampiris Coop), EDF Luminus (EDF Luminus Wind Together) à créer leur propre coopérative « financière » afin d’attirer l’épargne individuelle. Celle-ci ne donne pas un droit de copropriété sur les moulins. Contrairement à Colruyt qui propose, via Eoly, l’accès à la copropriété de l’éolienne, comme le ferait une coopérative citoyenne classique.

Outre ses autres activités, la coopérative Enercoop investit quant à elle de manière indirecte dans l’éolien, soit en finançant une coopérative de production (Vents d’Houyet), soit en prenant une participation dans une ou plusieurs éoliennes déjà en activité.

Fin 2016, il y avait 938 éoliennes installées en Belgique, soit 2 386 MW. En Wallonie : 330 éoliennes fin 2016, soit 750 MW. La plupart d’entre elles sont la propriété de grands opérateurs. L’éolien « citoyen » reste marginal. Mais il suscite de plus en plus d’intérêt. En cinq mois d’existence, le site www.coopalacarte.be a récolté 175.000 euros de promesses d’investissement dans des coopératives travaillant dans le secteur de l’énergie durable.

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