Apprendre aux jeunes à développer une vision systémique

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Parmis les questions de développement durable abordées par les lauréats, la question de l’avenir de l’Escaut et de ses crues stimulées par le réchauffement climatique. © CORALIE CARDON.
Parmis les questions de développement durable abordées par les lauréats, la question de l’avenir de l’Escaut et de ses crues stimulées par le réchauffement climatique. © CORALIE CARDON. - CORALIE CARDON.

Depuis 7 ans, la Fondation pour les Générations Futures (FGF) encourage les bâtisseurs du monde de demain à « penser à 360º » pour faire émerger des solutions durables aux problèmes contemporains. Autrement dit, elle pousse étudiants et chercheurs à adopter dans leurs travaux une approche holistique, « à avoir une vision plus large que simplement spécialisée, explique Benoît Derenne, son directeur. Le monde étant chaque jour plus complexe, la société a besoin de jeunes qui voient le monde dans ses multiples dimensionnalités. »

Les Hera Awards priment chaque année des travaux de fin d’étude (prix de 2.500 euros) et, tous les deux ans de thèses de doctorat (prix de 7.500 euros), mettant la transversalité au cœur de leur réflexion. Ces récompenses sont accordées dans six catégories (alimentation, santé, architecture, design, finance responsables et économie coopérative) ainsi que, et c’est nouveau, dans les technologies de l’information. « Il est primordial de réfléchir sur les interactions homme-machine, sur ce que ça veut dire pour l’Homme et la société de s’embarquer dans cette voie-là. A-t-on tous envie que, demain, la vie sera sûre et en bonne santé à condition d’accepter qu’on soit traqué en permanence et qu’on sache tout de nous ? », poursuit Benoît Derenne.

L’appel aux candidatures pour l’édition 2018 des Hera Awards sera bientôt ouvert. Vous avez du 10 septembre au 10 octobre pour proposer votre sujet de mémoire. En encadrés, quelques exemples de travaux lauréats en 2017.

Les sept prix Hera 2018 couvriront une centaine d’instituts et de facultés francophones de Belgique. « D’ici 2022, on a l’ambition de couvrir l’ensemble des facultés et de toutes les productions de master dans le monde académique francophone », continue Benoît Derenne. C’est que la démarche de la FGF est couronnée de succès. « Désormais, des profs nous invitent dans leurs auditoires au moment où les étudiants doivent choisir le thème de leur mémoire. L’an dernier, on a rencontré 1200 étudiants. Soit plus de 12 fois plus qu’il y a 3 ans. C’est une explosion. »

Comment expliquer ce succès ? « L’envie. Et cette envie vient du besoin fondamental de donner du sens aux choses. Elle monte chez les étudiants, mais aussi chez les profs. Nombreux d’entre eux sont de la génération Y, qui elle-même vient de la génération qui a commencé à se poser des questions sur les valeurs, sur le sens. »

Et de conclure, « On est dans une société évoluée mais face à des montagnes de problèmes. On ne les résoudra qu’à travers une vision qui aborde la complexité de ces problèmes et leurs inter-connections. »

Pour poser sa candidature à l’édition 2018 des Hera Awards : http://hera.foundationfuturegenerations.org/fr

Les lauréats HERA 2017

Par Laetitia Theunis

Économie : comment pérenniser les entreprises

En 2015, coup de tonnerre. Le magazine Forbes révélait que la majorité des entreprises mourait peu après leur naissance. Pour les entreprises sociales, la question du réseautage est cruciale pour optimiser leurs chances de succès à long terme. C’est l’une des conclusions du mémoire de Laurence Vandenhoeke (Ichec), lauréate du prix économie coopérative et soutenable. « Le progrès vers un monde plus sain et plus juste ne peut se faire qu’à l’aide d’une implication collective dont les entreprises font partie », explique-t-elle.

Finances : sortir des énergies fossiles

Afin de répondre aux enjeux climatiques, le mouvement de désinvestissement des énergies fossiles vise à convaincre les investisseurs institutionnels de se retirer des entreprises impliquées dans les combustibles fossiles. La recherche réalisée par Fanny Lajarthe (ULB) étudie les arguments environnementaux, éthiques et financiers. « Il était important pour moi de poser un regard social sur des enjeux financiers. Je voulais aussi mettre en lumière les répercussions environnementales de certaines décisions purement financières », explique la lauréate du prix Finance responsable et durable.

Design durable : une éolienne imprimée en 3D

Construire une éolienne via une imprimante 3D et la placer dans son jardin : c’est possible et énergétiquement performant. Pierrick Igot et Charles Snyers D’Attenhoven, ingénieurs civils de l'UCL, ont créé un prototype fonctionnel d’une petite éolienne à axe horizontal en fabriquant chacune des pièces à l’aide d’une imprimante 3D. « En démontrant les capacités de l’impression 3D dans un objectif de développement durable, nous souhaitons sensibiliser tout un chacun aux énergies renouvelables et aux nouvelles technologies », expliquent les lauréats. Les plans sont disponibles.

Santé durable : de bas en haut pour la coopération

L’onchocercose qui affecte le Cameroun du sud-ouest est une maladie provoquant la cécité. Ses conséquences sont physiques économiques et sociales. Via des entretiens avec les acteurs de terrain, Brooke Aksnes (ULB) a mis en évidence des facteurs freinant le programme de traitement de masse. Parmi ces freins, l’approche top-down ne prenant pas assez en compte les réalités sociales et économiques des bénéficiaires du traitement. Pour favoriser leur participation, des recommandations généralisables à d’autres programmes de santé ont été formulées.

Architecture : une stratégie pour l’Escaut

Dans le futur, les plaines de l’Escaut subiront les conséquences hydrographiques du changement climatique. L’idée défendue par Loïc Dufermont (UCL), lauréat du prix de l’architecture durable, est de considérer ce phénomène comme une opportunité. Il dégage des solutions sur l’architecture et l’urbanisme aux abords du fleuve. Parmi celles-ci, la production fruitière, la sylviculture, l’artisanat du bois, la pédagogie et l’habitat. « Ma stratégie globale est de recréer du lien entre l’homme et le fleuve. J’ai voyagé le long de l’Escaut pour m’ouvrir, entre autres, aux facteurs territoriaux, culturels, climatiques et agricoles. »